A l’invitation du ministre de la Défense du Cameroun, le président du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) est intervenu le 26 mai 2026 devant les officiers supérieurs de l’Ecole supérieure internationale de guerre (ESIG) de Yaoundé. C’était à la faveur du colloque annuel portant sur l’Afrique dans la guerre économique. Voici une synthèse exclusive de sa contribution.
L’Afrique traverse une transition géopolitique où l’information détermine la souveraineté. Face aux pertes financières dues au siphonnage de ses données stratégiques, le Dr Guy GWETH, président du CAVIE, a exposé à l’ESIG de Yaoundé les leviers pour transformer ces vulnérabilités en avantages durables. Sa démonstration repose sur un triptyque fondamental : la défense du sanctuaire, le contre-espionnage opérationnel et l’influence.
Le renforcement du sanctuaire et la souveraineté des flux
La défense exige un état d’esprit de vigilance et un dispositif technique robuste pour sanctuariser le patrimoine immatériel. La porosité des circuits institutionnels facilitant l’espionnage industriel, la contre-intelligence préconise d’instaurer des vérifications périodiques, des zones étanches, des logiciels de détection d’exfiltration et des formations contre l’ingénierie sociale.
Pour protéger les flux stratégiques des interceptions extérieures, l’adoption de protocoles de cryptographie locaux et de serveurs souverains est indispensable. L’isolation physique des réseaux critiques doit devenir la norme, complétée par l’usage systématique de détecteurs de signaux et de scanners de fréquences face aux menaces électroniques lors des sommets.
Normalisation globale et contre-espionnage opérationnel
Pour corriger la balkanisation juridique que la ZLECAf pourrait aggraver, l’application de la Convention de Malabo sur la cybersécurité doit être accélérée. Ce cadre doit s’appuyer sur des centres d’excellence locaux pour le partage de signaux faibles et sur des technologies autochtones afin de rompre la dépendance technologique.
Le contre-espionnage neutralise les infiltrations qui exploitent les failles humaines. La riposte combine l’analyse comportementale, la surveillance financière des postes stratégiques et une contre-surveillance physique lors des déplacements officiels.
Neutralisation, structures et renseignement offensif
Plutôt que d’expulser brutalement un intrus, la contre-intelligence moderne préfère retourner l’agent pour intoxiquer l’adversaire avec de la désinformation. Le CAVIE conseille aussi un protocole de signalement interne sécurisé contre le compromat.
Pour stopper le siphonnage économique, des cellules de contre-intelligence dédiées doivent être créées au sein des organisations étatiques. Ces unités utiliseront l’intelligence artificielle pour détecter les exfiltrations en temps réel, appuyées par un cadre protecteur pour les lanceurs d’alerte.
Le renseignement offensif transforme l’information en savoir actionnable. L’usage du big data, de l’intelligence artificielle et de l’analyse en sources ouvertes permet d’anticiper les ruptures de stocks, les mutations réglementaires et de déceler les failles des concurrents exogènes.
Guerre des perceptions et influence pérenne
Face à des perceptions du risque souvent amplifiées par les relais mondiaux, l’Afrique doit déployer des lobbies, des think tanks et des médias pour imposer un récit positif. Ce soft power suppose une diplomatie économique offensive et l’accès à un statut de puissance prescriptive dans les instances de normalisation.
Pour contourner le coût financier des agences de notation étrangères, la création d’agences africaines et d’un fonds de soutien à l’intelligence économique est prioritaire. La souveraineté numérique passera enfin par des datacenters régionaux et une formation à la guerre économique dès l’enseignement supérieur.
L’émergence africaine dépend de sa maîtrise des cycles de l’information. Le triptyque du CAVIE (état d’esprit, dispositif, processus) offre la boussole nécessaire pour bâtir un bouclier souverain. L’avenir se jouera sur l’intégration de la ZLECAf, la notation endogène et l’appropriation de l’intelligence artificielle générative.
La Rédaction

