[ACCI-CAVIE] Le Ghana fait de la maîtrise des technologies agricoles un enjeu de formation et de compétitivité. Le 30 septembre 2026, cinq collèges agricoles ont été équipés dans le cadre d’une initiative associant le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture (MoFA), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA). Au-delà de l’équipement des établissements, l’opération vise à renforcer les compétences nécessaires à l’utilisation de la donnée et des technologies de précision dans les chaînes de valeur agricoles.
La formation devient un levier de maîtrise technologique
L’initiative introduit dans les établissements des outils destinés à l’observation des sols, au suivi météorologique, à la géolocalisation, aux capteurs et aux drones, accompagnés d’un programme de formation numérique.
L’intérêt stratégique se situe moins dans la nature des équipements que dans la capacité qu’ils permettent de construire. En familiarisant les futurs professionnels avec la collecte, l’interprétation et l’exploitation de données agricoles, le Ghana cherche à rapprocher la formation des conditions dans lesquelles se prennent désormais les décisions de production. La donnée devient ainsi un élément du capital de compétences, avec des effets potentiels sur la productivité, l’utilisation des ressources et la gestion des risques.
Cinq collèges comme relais de diffusion
Le dispositif concerne les Agricultural Colleges de Kwadaso, Wenchi, Ejura, Damongo et Ohawu. Ces établissements forment des professionnels appelés à intervenir auprès des producteurs et dans différents maillons des chaînes de valeur agricoles.
Leur intérêt stratégique tient précisément à cette position de relais. L’investissement ne vise pas seulement à moderniser cinq établissements, mais à agir sur les profils qui pourront ensuite diffuser les pratiques et les technologies auprès des producteurs. Le choix de ces collèges permet donc au Ghana d’intervenir en amont de la chaîne de valeur, là où se construisent les compétences nécessaires à l’adoption des innovations. La capacité de ces établissements à transmettre effectivement ces savoir-faire constituera dès lors un indicateur essentiel de la portée du dispositif.
Une coopération qui organise des capacités
Le MoFA porte l’ancrage national de l’initiative, tandis que le PAM la met en œuvre avec les établissements bénéficiaires. La KOICA apporte le soutien financier de la République de Corée et le Ghana-India Kofi Annan Centre of Excellence in Information and Communication Technology (GI-KACE) participe, avec le Council for Technical and Vocational Education and Training (CTVET), à la structuration du programme de formation.
Cette configuration associe donc politique publique, financement extérieur, ingénierie de formation et expertise technologique. Pour le Ghana, elle permet d’accélérer la constitution de capacités sans supporter seul l’ensemble des coûts d’apprentissage et d’équipement. Pour les partenaires, elle crée une présence dans un écosystème appelé à produire les futurs utilisateurs et prescripteurs des technologies agricoles. La répartition des rôles et la pérennité de ces partenariats méritent ainsi d’être suivies comme des facteurs de positionnement.
Le capital humain au cœur des chaînes de valeur
Le rôle des collèges agricoles dépasse la transmission de connaissances théoriques. Le PAM souligne qu’ils forment des conseillers, techniciens, spécialistes et entrepreneurs appelés à travailler directement avec les agriculteurs.
Cette fonction donne au capital humain une dimension stratégique. Si les compétences numériques acquises dans les établissements se diffusent vers les exploitations, les services d’appui et les entreprises, elles peuvent accélérer l’appropriation de technologies jusqu’ici difficiles à intégrer dans les pratiques agricoles. Le Ghana cherche ainsi à agir sur un facteur souvent déterminant de la compétitivité : la capacité des acteurs locaux à transformer une technologie disponible en usage productif.
Maîtriser la technologie pour éviter de nouvelles dépendances
La numérisation de l’agriculture crée parallèlement des besoins en maintenance, certification, formation spécialisée, logiciels et traitement des données. La montée en compétence des instructeurs et la formation pratique aux drones constituent déjà les premières briques de cet écosystème.
Cette dynamique soulève toutefois une question de maîtrise. L’accès à des technologies étrangères ne garantit pas leur appropriation durable. La capacité des acteurs ghanéens à entretenir les équipements, exploiter les données, former les utilisateurs et adapter les solutions aux réalités locales déterminera la part de valeur que le pays pourra conserver dans cette transformation. À terme, l’émergence de fournisseurs et de compétences locaux sera donc un signal aussi important que l’extension du parc technologique.
Une politique de capacités à suivre
L’initiative intervient dans un contexte plus large de modernisation de l’enseignement agricole et de développement du capital humain. Le Ghana Agricultural Fund for Education and Transformation (GAFET), lancé en août 2026, vise notamment à soutenir les équipements, la formation numérique, la recherche et l’innovation dans les établissements agricoles. Cette convergence entre financement de long terme et digitalisation de la formation renforce la portée stratégique du mouvement engagé.
Le véritable indicateur sera désormais la capacité du Ghana à faire circuler les compétences produites dans les collèges vers les exploitations et les entreprises. L’extension du dispositif, l’évolution des partenariats technologiques, la montée en compétence des formateurs, l’émergence d’une offre locale de services et l’utilisation effective des données agricoles permettront de mesurer cette progression.
Pour le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), le signal à suivre n’est donc pas le seul équipement de cinq collèges. Il réside dans la construction progressive d’une capacité articulant capital humain, technologie et donnée. La question concurrentielle sera de déterminer qui, dans cet écosystème en formation, maîtrisera les compétences, les technologies et les services permettant de capter durablement la valeur créée par la transformation numérique de l’agriculture ghanéenne.
La Rédaction

