[ACCI-CAVIE] La veille géopolitique est un pilier fondamental de l’action humanitaire et du développement international. Dans un monde en perpétuelle mutation, les organisations non gouvernementales interviennent dans des environnements de plus en plus complexes, où l’on recense aujourd’hui plus de 400 conflits actifs ou latents à travers le globe, et les espaces humanitaires se rétrécissent chaque année davantage sous l’effet des crises politiques et sécuritaires. Pourtant, malgré la multiplication des ONG plus de 10 millions d’organisations dans le monde, beaucoup d’entre elles agissent encore sans dispositif structuré de veille géopolitique, exposant leurs équipes à des risques évitables et réduisant l’impact de leurs interventions.
Il ne suffit pas de vouloir changer le monde pour y parvenir efficacement. Cela exige une lecture rigoureuse des dynamiques de pouvoir, une capacité à anticiper les crises avant qu’elles n’éclatent, et surtout une intelligence stratégique permettant d’orienter les décisions, de protéger les acteurs de terrain et de maintenir la pertinence de l’action humanitaire face aux défis actuels.
Un environnement mondial en mutation
Les différentes reconfigurations que connaît le monde affectent profondément les structurations aux niveaux international, régional et national. Cette situation ne laisse pas indifférent le fonctionnement des organisations non gouvernementales, qui subissent de plein fouet les contrecoups de ces transformations. Une enquête mondiale menée en mai 2025 par UN Women auprès de 411 organisations féminines dans 44 pays est à cet égard alarmante, 90 % des organisations interrogées ont subi un impact financier direct lié aux crises et aux coupes budgétaires ; près d’une organisation sur deux risques de fermer dans les six prochains mois ; et la majorité a déjà été contrainte de réduire son personnel ou de suspendre des services essentiels. Le Danish Refugee Council, quant à lui, avertit en 2025 qu’une réduction massive des financements internationaux pourrait provoquer 3,9 millions de déplacés supplémentaires en une seule année.
À ces pressions financières s’ajoutent des restrictions sécuritaires croissantes et des réformes juridiques qui réduisent l’espace d’action des ONG dans de nombreux pays. Face à cette réalité, ces organisations doivent non seulement assurer la durabilité de leurs actions, mais aussi se doter d’une stratégie de veille géopolitique structurée, capable de faciliter la prise de décision et d’anticiper les crises avant qu’elles ne compromettent leur mission.
La veille géopolitique comme réponse anticipative et prospective
Face à ces défis, le CAVIE s’engage à promouvoir une culture de la veille géopolitique au sein des organisations de la société civile. Cela passe par la formation des cadres associatifs aux outils et méthodes d’analyse stratégique, par la sensibilisation à l’endroit des ONG, et par le développement de dispositifs accessibles et adaptés aux réalités africaines. Car anticiper, analyser et agir avec discernement n’est pas un privilège c’est une responsabilité que chaque organisation engagée dans le changement social se doit d’assumer.
Stagiaires volontaires : Madinatou N. ILBOUDO et Adu Salamatu

