Ouganda : pourquoi les investisseurs s’intéressent de plus en plus au réseau électrique ?

You are currently viewing Ouganda : pourquoi les investisseurs s’intéressent de plus en plus au réseau électrique ?
  • Post category:Energie / Presse

 [ACCI-CAVIE] L’Ouganda voit apparaître une nouvelle génération d’investissements dans le transport d’électricité. Après le bouclage financier d’Amari en mars 2026, son entrée en construction en juillet et l’avancement de Gamani, un autre projet privé de sous-station est désormais envisagé. Alors que le pays prévoit des milliers de kilomètres supplémentaires de lignes pour accompagner sa demande électrique et ses ambitions industrielles, une nouvelle bataille se dessine autour de l’infrastructure qui relie les capacités de production aux centres de consommation. Qui se positionne sur cette chaîne et quelles opportunités cette transformation peut-elle ouvrir ?

Le cadre a changé

L’entrée du privé dans le transport d’électricité ne relève pas d’une succession fortuite de projets. Elle découle d’une évolution du cadre réglementaire ougandais. L’amendement de l’Electricity Act de 2022 a ouvert la voie à la participation privée dans les infrastructures de transport. En février 2026, l’Uganda Electricity Transmission Company Limited (UETCL) et Gridworks ont ainsi signé les accords permettant à Amari d’avancer, avec un investissement de 50 millions de dollars destiné à moderniser quatre sous-stations haute tension.

Cette réforme répond à une contrainte précise : développer le réseau sans faire reposer l’intégralité de l’effort sur les finances publiques. Le dispositif des Independent Transmission Projects (ITP) crée ainsi une nouvelle possibilité de financement pour une infrastructure jusqu’alors principalement portée par l’opérateur national. La première question pour les investisseurs n’est donc plus seulement de savoir combien d’électricité l’Ouganda peut produire, mais dans quelles conditions le capital privé peut désormais participer à son acheminement.

Amari apporte la première preuve

Le 26 mars, Amari a atteint son bouclage financier de 50 millions de dollars, devenant le premier ITP africain à franchir cette étape. Les travaux ont commencé le 1er juillet et la mise en service est prévue en 2028. Le projet doit notamment améliorer la fiabilité de l’alimentation des utilisateurs industriels, réduire les pertes et renforcer les capacités nécessaires aux échanges avec le Kenya et le Rwanda.

Ce passage du cadre réglementaire au financement puis au chantier change la nature du signal envoyé aux investisseurs. Le modèle n’est plus hypothétique : un développeur privé, un opérateur public, des financeurs et un contractant industriel ont effectivement réuni leurs intérêts autour d’un actif de transport. Amari devient ainsi une référence à partir de laquelle d’autres projets peuvent être évalués.

Puis le modèle commence à se reproduire

C’est ce que suggère Gamani, deuxième ITP développé par Gridworks en Ouganda. Le projet comprend 80 kilomètres de ligne à 132 kV entre Mbale, Bulambuli et Kween, deux sous-stations et représente environ 100 millions de dollars. Il doit permettre d’acheminer jusqu’à 250 MW supplémentaires de capacités renouvelables vers le réseau de l’UETCL. En septembre, une étude de faisabilité était encore en préparation.

Le 4 octobre, African Energy signalait par ailleurs qu’une entreprise privée envisageait une nouvelle sous-station de grande capacité pour évacuer l’électricité d’une importante centrale renouvelable. Pris ensemble, ces éléments changent la lecture du dossier : Amari démontre la faisabilité du modèle, Gamani le prolonge sur une nouvelle infrastructure et cette troisième initiative indique que l’intérêt ne s’arrête pas au premier développeur.

Le volume potentiel explique l’intérêt

Cette multiplication prend tout son sens au regard des besoins futurs. L’Ouganda prévoit environ 13 000 kilomètres de nouvelles lignes de transport et des investissements estimés à 4,8 milliards de dollars à l’horizon 2040. Le pays cherche parallèlement à intégrer davantage de capacités renouvelables et à renforcer les infrastructures nécessaires à son développement industriel et aux échanges régionaux.

Les 50 millions de dollars d’Amari et les quelque 100 millions de Gamani apparaissent alors comme des opérations encore limitées au regard de l’effort annoncé. C’est précisément ce décalage qui donne au dossier sa portée économique : si le modèle ITP fonctionne, les besoins futurs pourraient générer une succession de projets dans lesquels développeurs, financeurs, équipementiers et entreprises d’ingénierie chercheront à prendre position.

La prochaine bataille sera celle du positionnement

L’enjeu ne se limite donc pas au financement de lignes et de sous-stations. Le transport conditionne la valorisation de nouvelles capacités de production, l’alimentation des utilisateurs industriels et l’intensification des échanges électriques régionaux. Les acteurs capables d’identifier les projets suffisamment tôt disposent potentiellement d’un avantage sur ceux qui interviennent uniquement lorsque les appels d’offres sont publiés.

Pour une entreprise, l’information utile se trouve alors dans le rapprochement des licences, décisions réglementaires, études de faisabilité, projets de production, financements et partenaires techniques. Dans le cas ougandais, leur mise en relation permet de suivre le passage d’une réforme à un premier investissement, puis d’un investissement à un ensemble d’opportunités potentielles. C’est précisément cette transformation de l’information dispersée en lecture exploitable des acteurs, des risques et des positions concurrentielles qui constitue le cœur de la démarche du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE).

La Rédaction