[ACCI-CAVIE] Point nodal de la géostratégie continentale, l’intelligence économique africaine, dont le CAVIE se fait l’ardent promoteur, se révèle un instrument d’une acuité singulière pour l’affermissement de la souveraineté des États africains. Dans un contexte mondialisé où les rapports de force se redéfinissent avec une célérité déconcertante, la maîtrise de l’information stratégique et sa transformation en leviers décisionnels pertinents constituent un impératif catégorique pour l’émancipation du continent. C’est ce que démontrera le panel 1 de la 8ème édition des Journées africaines de l’intelligence économique (JAIE) des 30-31 mai 2025.
Loin de se cantonner à une simple collecte de données, l’intelligence économique, telle que la conçoit le Dr Guy Gweth, président en exercice du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), s’érige en une démarche holistique englobant « un « état d’esprit, un processus et un dispositif de questionnement, de collecte, de traitement, d’analyse et de transmission rapides, légaux et sécurisés du renseignement utile à la prise de décision économique en terrain concurrentiel, hostile ou incertain ». Cette démarche confère aux nations africaines une capacité accrue à anticiper les mutations de leur environnement, à déjouer les manœuvres exogènes et à orienter leurs politiques publiques en pleine connaissance de cause.
La souveraineté d’un État, dans son acception la plus pleine, transcende la seule dimension politique. Elle embrasse également les sphères économique, technologique et informationnelle. Or, l’intelligence économique africaine se positionne comme un catalyseur essentiel dans chacune de ces dimensions. Sur le plan économique, elle permet d’identifier les opportunités de développement endogène, de renforcer la compétitivité des entreprises locales et de négocier des partenariats internationaux plus équilibrés, affranchis des asymétries informationnelles préjudiciables.
Sur le plan technologique, une veille stratégique active et ciblée favorise l’acquisition et l’adaptation des innovations, réduisant ainsi la dépendance technologique et stimulant la création de solutions africaines aux défis africains. En matière informationnelle, l’intelligence économique contribue à la lutte contre la désinformation et les tentatives de manipulation, préservant ainsi l’intégrité du débat public et la capacité des États à forger leur propre récit.
L’approche prônée par le CAVIE – adossée au Système d’intelligence des risques et opportunités (SIRO) – insiste sur la nécessité d’une appropriation africaine des outils et des méthodes de l’intelligence économique, enrichis par une fine connaissance des réalités locales. Il s’agit de former des experts locaux, de développer des réseaux d’échange d’informations intra-africains et de mettre en place des structures nationales et régionales dédiées à cette discipline. Cette autonomisation intellectuelle est une condition sine qua non pour que l’intelligence économique devienne un véritable instrument de souveraineté, au service des intérêts fondamentaux du continent, notamment en situation d’urgence.
Au total, l’intelligence économique africaine, dans sa conception la plus aboutie, n’est pas une panacée, mais un pilier fondamental pour l’édification d’une Afrique souveraine, capable de tirer profit des complexités du monde contemporain et de défendre ses intérêts avec lucidité et détermination. L’engagement du CAVIE dans cette voie est un gage d’espoir pour un avenir où les nations africaines seront les véritables architectes de leur propre destin.
La Rédaction