Zambie : quand la diversification énergétique devient un impératif de compétitivité

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[ACCI-CAVIE] La sécheresse de 2024 a révélé la fragilité du modèle énergétique zambien : avec 85% d’hydroélectricité, les coupures quotidiennes ont paralysé l’économie. Face à cette crise, la Zambie opère un virage stratégique vers le solaire. Une réalité que le CAVIE observe depuis 2015 : la sécurité énergétique est devenue un facteur déterminant de compétitivité économique.

Des investissements massifs pour reconquérir la souveraineté énergétique

Le président Hakainde Hichilema a fixé un cap ambitieux : déployer 10 000 mégawatts d’énergie solaire pour transformer radicalement le paysage énergétique national. Cette vision se concrétise par une série d’investissements structurants. La Banque Africaine de Développement mobilise 14,54 millions de dollars pour financer le projet solaire de Garneton North (20 MW) dans la province de Copperbelt, cœur industriel du pays. Parallèlement, l’Initiative présidentielle pour le solaire déploie 40 millions de dollars pour électrifier 209 institutions publiques de la province de l’Est via 50 MW de capacité solaire.

Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large : les producteurs indépendants d’électricité sont mobilisés pour générer 500 MW d’ici fin 2025, tandis que le projet colossal « Green Giant Zambia » avec SkyPower Global prévoit à lui seul 1 000 MW. Du point de vue de l’intelligence économique, cette multiplication d’acteurs et de sources de financement témoigne d’une stratégie délibérée de diversification des risques et de montée en compétences technologiques.

Réduction de la vulnérabilité, renforcement de l’attractivité

La dépendance à l’hydroélectricité ne constituait pas qu’un risque climatique : elle représentait surtout un handicap compétitif majeur. Les coupures quotidiennes ont freiné l’activité industrielle, notamment dans le secteur minier qui structure l’économie zambienne. Les entreprises ont dû basculer sur des générateurs diesel coûteux et polluants, érodant leurs marges et leur productivité. Cette instabilité énergétique dissuadait les investisseurs internationaux, créant un cercle vicieux de sous-développement.

Le basculement vers le solaire inverse cette dynamique. En garantissant un approvisionnement énergétique plus stable et diversifié, la Zambie renforce son attractivité pour les capitaux étrangers et nationaux. Les infrastructures sanitaires et scolaires, désormais alimentées par le solaire, gagnent en autonomie et en résilience. L’interconnexion électrique avec la RDC, dont la capacité passera de 250 MW à 550 MW grâce à ces investissements, ouvre de nouvelles perspectives d’échanges commerciaux régionaux. Cette stratégie de diversification énergétique s’impose comme un levier direct de compétitivité économique.

L’analyse du CAVIE : trois enseignements stratégiques

Le cas zambien offre trois leçons majeures pour les économies africaines, telles qu’analysées par le CAVIE dans ses travaux sur la compétitivité des marchés du continent :

  1. La mono-dépendance énergétique constitue un risque systémique. Même lorsqu’elle repose sur des sources renouvelables comme l’hydroélectricité, la concentration excessive sur une seule filière expose les économies à des chocs externes (climatiques, géopolitiques) qui paralysent l’appareil productif. La diversification du mix énergétique n’est pas une option écologique : c’est un impératif de sécurité économique.
  2. Le solaire comme catalyseur d’investissements structurants. La baisse spectaculaire des coûts du solaire (90% de réduction pour les panneaux en 20 ans) en fait une technologie désormais compétitive qui attire des financements diversifiés : banques de développement, producteurs indépendants, partenaires internationaux. Cette mobilisation capitalistique génère des effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie : emplois, transferts technologiques, montée en compétences locales.
  3. L’énergie, infrastructure de souveraineté économique. La Zambie illustre comment la maîtrise de son approvisionnement énergétique conditionne la capacité d’un État à définir son propre modèle de développement. En sécurisant sa production électrique, le pays se donne les moyens d’industrialiser durablement, de développer ses chaînes de valeur locales et de négocier d’égal à égal avec les investisseurs étrangers.

De la crise à l’opportunité : un modèle à dupliquer

La transition énergétique zambienne ne relève pas d’un simple ajustement technique : elle représente un repositionnement stratégique majeur qui fera date dans l’histoire économique du continent. En transformant une vulnérabilité climatique en levier de compétitivité, la Zambie démontre qu’une approche d’intelligence économique appliquée aux enjeux énergétiques peut inverser les rapports de force. Les pays africains qui sauront, comme elle, anticiper les mutations technologiques, mobiliser des financements diversifiés et structurer des politiques énergétiques résilientes, se positionneront avantageusement dans la compétition économique mondiale. Ceux qui persisteront dans des schémas de mono-dépendance verront leur attractivité et leur capacité productive s’éroder progressivement.

Le CAVIE continuera d’accompagner les décideurs africains dans cette transition à travers ses formations (prochaine session OSIL le 29 janvier 2026) et ses analyses prospectives, car l’énergie demeure le socle de toute ambition de développement et de souveraineté économique. 

La Rédaction