Quand Washington se retire, l’Afrique doit apprendre à anticiper

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[CAVIE-ACCI] Dans un monde marqué par la volatilité géopolitique et la primauté des intérêts nationaux, la capacité des États à anticiper les ruptures stratégiques devient un facteur déterminant de compétitivité. C’est précisément dans cette logique que le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE) œuvre depuis plusieurs années : outiller les décideurs africains pour comprendre les dynamiques globales, décrypter les rapports de force et transformer l’information stratégique en avantage concurrentiel. La récente décision de Donald Trump illustre brutalement cette nécessité.

Le retour assumé de l’« America First »

Début janvier, le président américain a signé un mémorandum actant le désengagement immédiat des États-Unis de 66 organisations internationales, jugées contraires aux intérêts stratégiques américains. Ce retrait, à exécution rapide, s’inscrit dans la droite ligne de la doctrine « America First », déjà visible lors de son premier mandat.

L’Afrique figure parmi les premières zones impactées. Des institutions clés pour le dialogue, la coopération et l’influence du continent, telles que la Commission économique pour l’Afrique (CEA), le Bureau du conseiller spécial des Nations unies pour l’Afrique ou encore le Forum permanent sur les personnes d’ascendance africaine, se retrouvent fragilisées. À court terme, ce retrait pourrait réduire certaines opportunités diplomatiques, techniques et financières pour les États africains.

Mais l’impact est également indirect et potentiellement plus profond. Le désengagement américain d’organismes majeurs liés au climat, à l’énergie et à l’environnement — tels que le GIEC, l’IRENA ou les cadres multilatéraux sur les changements climatiques — reconfigure les équilibres de pouvoir normatifs et économiques. Or, ces domaines conditionnent directement la compétitivité future des économies africaines, qu’il s’agisse d’accès aux financements verts, de transition énergétique ou d’industrialisation durable.

Sur le plan social et économique, le retrait des États-Unis d’instances comme la Cnuced, ONU Femmes ou le FNUAP confirme une tendance lourde : les grandes puissances arbitrent désormais leur engagement multilatéral selon des retours stratégiques strictement nationaux.

Un signal faible devenu signal fort

Pour les États africains, cette décision n’est ni un accident ni une surprise. Elle constitue un signal stratégique fort, révélant la nécessité de passer d’une posture réactive à une posture proactive. La dépendance excessive aux cadres multilatéraux traditionnels expose le continent à des chocs exogènes qu’il ne contrôle pas.

C’est précisément dans ce contexte que l’intelligence économique prend toute sa portée : elle permet aux États de surveiller en continu les évolutions géopolitiques, de décrypter les stratégies et priorités des grandes puissances, d’identifier en amont les risques systémiques ainsi que les opportunités de repositionnement stratégique, et surtout de renforcer leur souveraineté décisionnelle en fondant l’action publique sur une information maîtrisée, analysée et orientée vers la performance et la compétitivité nationales.

Transformer la contrainte en levier de compétitivité

Le désengagement américain ne signe pas la marginalisation de l’Afrique, mais il rappelle une réalité fondamentale : la compétitivité des États africains dépendra de leur capacité à anticiper, décider et agir par eux-mêmes. Dans ce nouvel ordre international fragmenté, l’intelligence économique n’est plus un luxe institutionnel, mais un outil de survie et de puissance.

En accompagnant les acteurs publics et privés africains dans la veille stratégique, l’analyse des risques et l’aide à la décision, le CAVIE s’inscrit au cœur de cette transformation. Car, lorsque certaines puissances claquent la porte, les États les mieux préparés savent déjà où se repositionner.

La Rédaction