[ACCI-CAVIE] À une époque où la donnée dicte la loi des marchés, Saïda Neghza prouve que l’intelligence économique, dans sa version algérienne, est l’arme ultime pour bâtir un empire et fortifier une nation. En articulant défense du patrimoine, conquête de marchés et influence diplomatique, selon la doctrine du CAVIE, la présidente de la CGEA transforme la veille stratégique en une véritable machine à créer de la richesse, propulsant l’Algérie vers une souveraineté industrielle affranchie de la rente pétrolière.
Saïda Neghza, présidente de la confédération générale des entreprises algériennes (CGEA), répertoriée parmi les cinquante femmes d’affaires les plus influentes du continent, ne doit pas sa réussite au hasard. Loin s’en faut. Son parcours illustre une maîtrise remarquable de l’intelligence économique africaine, telle que promue par le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), articulée autour du triptyque défense-attaque-influence, avec le renseignement humain au cœur du réacteur.
La défense du patrimoine entrepreneurial national
Le premier pilier de la stratégie de Saïda Neghza réside dans une défense rigoureuse des intérêts économiques algériens. En tant que présidente de la CGEA, elle s’est imposée comme une « femme de fer » capable d’identifier et de dénoncer les freins structurels à la croissance. Elle mène un combat permanent contre la bureaucratie, les lenteurs administratives et l’instabilité juridique qui pénalisent les investisseurs.
Sa mission consiste à protéger le tissu économique composé de PME et de TPE, qu’elle considère comme le premier employeur du pays. En créant des passerelles entre les universités et le monde du travail, elle sécurise également le capital humain national. Cette posture défensive est renforcée par son soutien à la plateforme ODAS pour le développement de l’agriculture industrielle, garantissant ainsi une souveraineté alimentaire et une protection contre la volatilité des marchés internationaux.
L’attaque ou la souveraineté par la diversification
Loin de se limiter à la protection, Saïda Neghza déploie une stratégie d’attaque visant la conquête de nouveaux segments de marché. Elle est l’un des moteurs du passage d’une économie de rente à une économie à revenus diversifiés. Son action à la tête de Soralcof, groupe actif dans les secteurs de la construction et des travaux publics, témoigne de cette volonté de conquête industrielle.
Sous son impulsion, la CGEA accompagne l’État dans ses réformes pour booster les exportations hors hydrocarbures. Elle préconise une offensive pragmatique : installation de chambres froides, facilitations douanières et création de comptoirs commerciaux à l’étranger. Cette démarche offensive vise à transformer l’Algérie en un pôle pivot capable de projeter sa puissance commerciale vers le bassin méditerranéen et le reste du continent.
L’influence et le renseignement humain comme moteurs
Le succès international de Saïda Neghza repose sur une diplomatie économique intense, véritable levier d’influence. Sa présence au sein d’organisations prestigieuses témoigne de sa capacité à projeter la puissance économique algérienne à l’étranger : n°1 de Businessmed, puis présidente de Business Africa, fédérant 54 pays, membre du conseil d’administration de l’OIT, représentante africaine à l’Organisation internationale des employeurs (OIE) et présidente du conseil d’administration de l’Organisation arabe du travail (OAT).
Cette influence est nourrie par un renseignement humain constant. En maintenant une présence locale, régionale et internationale unique, elle collecte des informations stratégiques indispensables pour conclure des accords de partenariat. Elle utilise ces réseaux pour contribuer à instaurer une stabilité économique à long terme et pour porter la voix des femmes entrepreneures, comme en témoigne l’organisation de forums internationaux. Pour Saïda Neghza, comprendre les nations par le dialogue direct est la clé pour instaurer une prospérité durable et renforcer la position de l’Algérie sur l’échiquier mondial.
Au total, son ascension démontre que l’intelligence économique, lorsqu’elle est mise au service d’une vision nationale, constitue une arme redoutable. En combinant la défense des acquis, une attaque stratégique sur les marchés de demain et une influence diplomatique fondée sur la connaissance humaine, elle trace une voie d’excellence pour l’entrepreneuriat africain.
Guy Gweth