[CAVIE-ACCI] Longtemps première puissance économique et commerciale du continent, l’Afrique du Sud voit aujourd’hui sa domination contestée par l’arrivée massive d’investisseurs du Moyen-Orient, d’Asie et d’Afrique du Nord. Pour préserver son influence, Pretoria mise désormais sur l’intégration économique africaine et sur la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf), devenue un pilier central de sa politique industrielle et commerciale.
Déjà premier investisseur africain hors de ses frontières et principal exportateur de produits manufacturés vers le reste du continent — automobiles, machines, agroalimentaire, matériel électrique — le pays dispose d’atouts majeurs. Près d’un quart de ses exportations est destiné au marché africain, dont plus de 80 % absorbé par les membres de la SADC. Mais la volatilité géopolitique mondiale et la concurrence accrue poussent Pretoria à élargir son horizon : l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est deviennent des cibles prioritaires grâce aux préférences tarifaires de la ZLECAf.
L’automobile au cœur de la stratégie sud-africaine
L’industrie automobile incarne cette nouvelle orientation. En 2024, elle a représenté 5,2 % du PIB, 22,6 % de la production manufacturière et près de 1,5 million d’emplois directs et indirects, pour des exportations à destination de 155 marchés mondiaux. Les exportations vers le continent ont progressé de 12,4 % en un an, pour atteindre 48,1 milliards de rands.
La ZLECAf ouvre désormais la voie à une montée en gamme des chaînes de valeur régionales, notamment dans la fabrication de batteries et le traitement des minéraux critiques — un élément crucial dans la course mondiale aux technologies vertes.
Une intégration accélérée par la perte de privilèges américains
L’expiration de l’AGOA et l’imposition récente de droits de douane par les États-Unis ont amputé une part importante des exportations sud-africaines, dont 17 % concernaient les véhicules. Ce choc a renforcé la détermination du pays à sécuriser de nouveaux marchés intra-africains. Pretoria a été l’un des premiers à ratifier la ZLECAf et à participer à l’Initiative de commerce guidé : dès 2023, son premier envoi vers le Ghana a bénéficié des règles tarifaires du nouvel accord.
Une puissance toujours convoitée mais challengée
Malgré une croissance faible (environ 1 % du PIB), l’Afrique du Sud demeure un pôle d’investissement incontournable, soutenue par un système financier robuste, des infrastructures performantes et un rôle diplomatique de premier plan au sein du BRICS+ et du G20. Elle a attiré 5,2 milliards de dollars d’IDE en 2024, ce qui en fait le deuxième plus grand bénéficiaire en Afrique.
Mais la concurrence est désormais frontale. Les champions sud-africains — Standard Bank, MTN, Shoprite, entre autres — font face à des acteurs mieux soutenus par leurs États et à des conditions de financement agressives venant du Nord et du Moyen-Orient. Certaines grandes enseignes se sont même retirées de marchés africains pour se recentrer sur le marché intérieur.
L’évolution rapide de la ZLECAf, la redistribution des influences économiques régionales et la montée d’acteurs extra-continentaux redéfinissent profondément l’environnement des affaires en Afrique.
Le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) analyse ces mutations, identifie les risques émergents et accompagne les organisations — gouvernements, investisseurs, PME et multinationales africaines — dans leurs décisions stratégiques.
Dans un contexte où l’influence économique se joue désormais à l’échelle continentale, et non plus nationale, le CAVIE constitue un partenaire clé pour celles qui souhaitent sécuriser leurs expansions africaines, anticiper la concurrence, comprendre les dynamiques industrielles et tirer pleinement parti de la ZLECAf.
La Rédaction