Cameroun : la renationalisation d’Eneo, un pari stratégique sous tension

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[CAVIE-ACCI] L’État camerounais a franchi une étape majeure dans sa politique énergétique avec la finalisation de la renationalisation d’Eneo, principal distributeur d’électricité du pays. Engagé il y a trois ans, le rachat des parts du fonds britannique Actis a coûté 78 milliards de francs CFA (environ 119 millions d’euros). Une opération symbolique de reprise de contrôle stratégique, mais assortie d’un lourd héritage financier.

Au-delà du prix d’acquisition, l’État reprend surtout une dette estimée à près de 800 milliards de francs CFA (1,23 milliard d’euros), un passif considérable qui pèse sur les perspectives de redressement de l’entreprise. Malgré cela, les autorités se veulent optimistes et tablent sur des revenus supplémentaires d’environ 50 milliards de francs CFA dès la mi-2026, grâce à une meilleure gouvernance et à la restructuration du secteur.

Sur le terrain, cependant, la réalité reste difficile pour les usagers. Les coupures d’électricité demeurent fréquentes, alimentant la colère des consommateurs. À Yaoundé comme dans d’autres villes, des images relayées sur les réseaux sociaux montrent des tensions croissantes entre Eneo et ses clients, dans un contexte de lutte renforcée contre la fraude. « Sans électricité, tout tourne au ralenti : les vivres se gâtent, les enfants n’arrivent pas à étudier », témoigne un habitant du troisième arrondissement de la capitale. D’autres dénoncent une facturation opaque et s’interrogent sur le paiement effectif des factures par les administrations publiques.

Justement, les impayés de l’État figuraient parmi les principaux points de friction entre Eneo et son ancien partenaire. « Une part importante des 800 milliards de dettes provient de factures non réglées par des administrations publiques, y compris des ministères », analyse l’analyste financier Benjamin Ngongang. S’il s’interroge sur l’évaluation préalable ayant conduit à la renationalisation, il reconnaît néanmoins que l’État rachète une entreprise à une valeur inférieure à celle payée par les investisseurs britanniques, malgré un endettement plus élevé.

Pour le gouvernement, l’objectif est clair : rééquilibrer l’ensemble du secteur de l’électricité. « L’engagement ferme du gouvernement est que chacun paie sa facture, y compris les entités publiques », a assuré le ministre des Mines, de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou, évoquant la mise en place de mécanismes de retenues à la source pour les administrations défaillantes.

Cette renationalisation s’inscrit dans un effort plus large pour résorber le déficit énergétique. La construction du barrage de Nachtigal, inauguré il y a 17 mois, a coûté près de 10 milliards de francs CFA par mois à l’État. Mais son impact sur la stabilité du réseau national se fait encore attendre, les délestages restant une réalité quotidienne dans plusieurs régions du pays.

Dans ce contexte complexe, le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) suit de près l’évolution du secteur énergétique camerounais. La renationalisation d’Eneo, la gestion de la dette, la gouvernance des entreprises publiques et la soutenabilité financière des investissements énergétiques constituent des enjeux stratégiques majeurs. À la demande des institutions, investisseurs ou partenaires techniques, le CAVIE mobilise ses capacités de veille et d’analyse pour évaluer les risques, anticiper les scénarios d’évolution et éclairer les décisions dans un secteur clé pour la compétitivité et la stabilité économique du Cameroun.

La reprise en main d’Eneo ouvre ainsi une nouvelle page pour l’électricité camerounaise. Reste à savoir si ce choix stratégique se traduira, à court et moyen terme, par une amélioration tangible du service pour les usagers et par un redressement durable du secteur.

La Rédaction