Cinq pays africains ciblés par le nouveau mécanisme de l’ONU sur les minerais critiques

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[ACCI-CAVIE] Le 23 septembre 2026, les Nations Unies ont lancé le Country Support Mechanism on Critical Energy Transition Minerals, destiné à accompagner les pays producteurs dans le développement d’industries locales et une meilleure captation de la valeur issue de leurs ressources. La Guinée, Madagascar, le Nigeria, la Zambie et le Zimbabwe figurent parmi les premiers pays africains concernés, aux côtés de l’Indonésie. Cette initiative intervient alors que les minerais critiques deviennent un élément central des chaînes industrielles liées à la transition énergétique.

Du minerai à la chaîne de valeur

L’enjeu dépasse désormais la capacité à extraire davantage. Entre le gisement et le produit industriel final se trouvent la transformation, la technologie, les infrastructures, le financement et l’accès aux marchés. C’est sur ces différents maillons que se concentre une part croissante de la valeur. Pour les pays producteurs, la question devient alors celle de leur position dans la chaîne et de leur capacité à conserver localement une part plus importante de la richesse créée.

Cette évolution est particulièrement visible dans les politiques adoptées autour du lithium, du cobalt, du cuivre, du nickel ou encore des terres rares. Le Zimbabwe a par exemple engagé des mesures visant à limiter l’exportation de lithium non transformé, tandis que la Zambie cherche à développer davantage de valeur autour de ses ressources minières. Ces choix traduisent une même préoccupation : ne plus considérer le minerai comme le produit final, mais comme le point de départ d’une activité industrielle.

Cinq pays, des configurations différentes

La sélection de la Guinée, de Madagascar, du Nigeria, de la Zambie et du Zimbabwe révèle toutefois des situations très différentes. Ressources disponibles, infrastructures, capacités énergétiques, technologies, réglementation, capitaux et débouchés ne se combinent pas de la même manière d’un pays à l’autre. Une opportunité industrielle ne se mesure donc pas uniquement à l’existence d’un gisement, mais à l’ensemble des conditions permettant de transformer cette ressource en activité compétitive.

Cette lecture impose de suivre simultanément les projets miniers, les mouvements d’investisseurs, les besoins des industriels, les politiques d’approvisionnement des grandes économies et les évolutions réglementaires. Un nouvel accord d’approvisionnement, l’arrivée d’un partenaire technologique ou la construction d’un corridor logistique peuvent modifier la position d’un acteur sans que les volumes extraits aient changé.

La valeur se joue aussi dans l’information

Le lancement du mécanisme de l’ONU intervient ainsi dans un environnement où les rapports de force se déplacent rapidement. Les économies industrielles cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, les producteurs veulent accroître leur valeur ajoutée et les investisseurs recherchent les marchés offrant les meilleures conditions de développement. Entre ces intérêts se construisent de nouvelles alliances, mais aussi de nouvelles dépendances.

Cette lecture rejoint l’approche du Centre africain de veille et  d’intelligence économique (CAVIE) : comprendre un marché suppose de relier les informations dispersées sur les acteurs, les capitaux, les technologies, les réglementations et les chaînes d’approvisionnement afin d’identifier les mouvements susceptibles de modifier l’environnement concurrentiel. Dans le cas des minerais critiques, cette capacité de lecture permet notamment de repérer les segments où la valeur se déplace avant que les opportunités ne deviennent pleinement visibles.

Maîtriser ce qui vient après l’extraction

Le mécanisme lancé par les Nations Unies peut contribuer à accélérer cette transformation. Mais les financements et l’accompagnement ne suffiront pas à eux seuls. La capacité à sélectionner les bons segments de chaîne de valeur, à identifier les partenaires pertinents et à anticiper les évolutions du marché sera tout aussi déterminante.

Pour l’Afrique, la question est donc moins de savoir quels minerais elle possède que ce qu’elle entend en faire. Transformer, financer, technologiser et commercialiser deviennent des choix stratégiques. À mesure que les minerais critiques prennent une place centrale dans les économies de demain, la maîtrise de l’information permettant d’anticiper ces mouvements devient elle-même une ressource stratégique.

La Rédaction