[ACCI-CAVIE] À l’aube d’une décennie décisive pour le continent, l’Afrique est confrontée à des défis géopolitiques et économiques d’une acuité sans précédent. Dans ce théâtre d’opérations concurrentiel, incertain et de plus en plus hostile, l’intelligence économique (IE) émerge comme l’arme stratégique indispensable pour la survie et la prospérité des États et des entreprises. Cependant, une distinction cruciale s’impose, un clivage autrefois ignoré, mais de plus en plus marqué, qui entrave le plein potentiel de cette discipline : celui entre les « griots » de l’intelligence économique et ses véritables « chefs de corps ».
Le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), dont l’expertise n’est plus à démontrer, définit l’intelligence économique non comme une simple discipline, mais comme un véritable art de la guerre économique : « L’intelligence économique est un état d’esprit, un processus et un dispositif de questionnement, de collecte, de traitement, d’analyse et de transmission légaux, rapides et sécurisés du renseignement utile à la prise de décisions économiques en territoire concurrentiel, incertain ou hostile. » Cette définition révèle l’exigence de réactivité et de pragmatisme inhérente à l’IE. Il ne s’agit plus de dissertations académiques, mais de renseignement opérationnel, de la donnée transformée en avantage décisif.
Trop longtemps, le champ de l’intelligence économique en Afrique a été dominé par des voix érudites, certes nécessaires pour jeter les fondations conceptuelles, mais parfois déconnectées des réalités du front. Ces « griots », figures emblématiques de la transmission du savoir, excellaient dans l’art de la théorisation, des colloques et des émission radio et TV. Leur contribution est indéniable pour l’édification intellectuelle de la discipline. Néanmoins, à l’heure où les menaces s’intensifient et les opportunités se raréfient, l’Afrique ne peut plus se permettre le luxe d’une intelligence économique importée, confinée aux amphithéâtres.
C’est ici qu’interviennent les « chefs de corps », les praticiens dont l’action est guidée par l’impératif du résultat. Des figures comme le Dr Guy Gweth, numéro 1 du CAVIE, incarnent cette nouvelle génération d’acteurs de l’IE. Leur force réside dans leur double expertise internationale et locale permettant de transformer la connaissance en capacité opérationnelle, à déchiffrer les signaux faibles du marché, à anticiper les coups de l’adversaire et à forger des stratégies robustes et agiles. Ils sont les architectes des dispositifs de veille, les stratèges de l’information, les remparts face à l’espionnage industriel et les éclaireurs des marchés émergents. Leur champ de bataille est le terrain, leur monnaie est l’information utile et sécurisée, leur objectif est la décision éclairée.
La distinction entre ces deux profils est d’autant plus urgente que l’Afrique se trouve à un carrefour critique. Les États doivent impérativement doter leurs appareils sécuritaires et économiques de capacités d’IE robustes, pilotées par des opérationnels capables d’intégrer le renseignement dans la prise de décision politique et stratégique. De même, les entreprises africaines, petites, moyennes et grandes, doivent abandonner les approches empiriques au profit de stratégies d’IE proactives, sous la houlette de managers aguerris, aptes à naviguer dans un environnement concurrentiel globalisé. L’heure n’est plus aux lamentations sur le manque de données, mais à la conquête méthodique de l’information stratégique.
C’est précisément cette synergie entre la profondeur de l’analyse et la vivacité de l’action qui fait la force d’une entité comme le CAVIE. Loin de n’être qu’un cénacle de penseurs, le Centre regroupe en son sein une cohorte de producteurs de connaissances et d’opérationnels chevronnés. Cette dualité, cette capacité à fusionner la théorie et la pratique, l’érudition et l’ingénierie du renseignement légal, explique les cinquante références de premier plan accumulées en une décennie auprès des acteurs publics, privés et du monde associatif. Le CAVIE est la preuve vivante qu’une intelligence économique africaine performante est celle qui marie la finesse de l’intellect à la rigueur de l’action, forgeant ainsi les armes nécessaires à la victoire du continent dans le combat économique mondial. L’Afrique a besoin de visionnaires, mais plus encore, de bâtisseurs et de soldats pour concrétiser cette vision endogène.
Elisabeth Atangana