Lu dans la presse – Le Cameroun face à l’impératif stratégique : l’analyse post-présidentielle du Dr Guy Gweth

You are currently viewing Lu dans la presse – Le Cameroun face à l’impératif stratégique : l’analyse post-présidentielle du Dr Guy Gweth

[ACCI-CAVIE] Au lendemain de l’élection présidentielle du 12 octobre, un entretien exclusif au journal Le Messager avec le Dr Guy Gweth, président du CAVIE et figure de proue de l’intelligence économique africaine, a jeté une lumière crue sur les défis stratégiques du Cameroun. Un entretien à télécharger in extenso à la fin de cet article.

L’analyse du Dr Gweth, publiée dans Le Messager, s’articule entièrement autour de la grille d’intelligence stratégique développée par le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE) depuis une décennie, plaidant pour une transition urgente vers un État stratège capable de maîtriser la compétition mondiale. Le fil conducteur de l’entretien est le plan Puissance 237 : pour une stratégie de puissance régionale 2025-2050, un ouvrage qui a servi de référentiel pour évaluer la crédibilité des ambitions politiques.

L’urgence de la planification irréversible : le cadre de Puissance 237

Interrogé sur le mandat clair qu’il attend du futur président pour concrétiser la vision de puissance régionale, le Dr Gweth a déroulé la feuille de route de Puissance 237 structurée en trois phases. La phase des Fondations (2026-2033) est dédiée à la consolidation institutionnelle, à l’investissement massif dans le capital humain et à la diversification économique. Elle sera suivie par le Déploiement (2034-2042), axé sur l’innovation, l’intégration régionale et une diplomatie active, avant la phase de Rayonnement (2043-2050). Pour financer cette ambition, dix sources ont été identifiées, de l’optimisation fiscale à la mobilisation de la diaspora. L’évaluation du succès sera pragmatique, mesurée par des indicateurs précis comme le doublement du Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant, une forte progression de l’Indice de Développement Humain (IDH) et l’atteinte de 40% de la production électrique par les énergies renouvelables. Face à la brièveté des mandats, la survie de cette stratégie repose, selon lui, sur l’institutionnalisation d’une vision indépendante qui utilise le cycle politique comme un levier opérationnel, transcendant ainsi le jeu électoral.

Le triptyque de puissance : Hard, Soft et Smart Power

Le Dr Gweth a fermement regretté que les candidats n’aient pas suffisamment intégré le triptyque Hard Power (force militaire, industrie et infrastructures stratégiques comme le Port de Kribi), Soft Power (influence culturelle, académique, médias) et Smart Power (utilisation agile et intelligente des deux précédents). L’intégration de ces concepts était considérée comme essentielle à la crédibilité de leur ambition de hisser le Cameroun au rang de puissance africaine. Le Smart Power exigeait par exemple des engagements concrets sur une diplomatie économique offensive, transformant les ambassades en outils de promotion du commerce et de l’investissement.

L’intelligence économique : le chaînon manquant des programmes électoraux

La question centrale de l’entretien a porté sur l’intégration de l’intelligence économique (IE), définie par le CAVIE comme « un état d’esprit, un dispositif et un processus coordonnés de collecte et d’analyse du renseignement utile à la prise de décision en situation concurrentielle ». L’analyse du Dr Gweth est sans appel : l’IE a été absente de manière explicite et systémique.

Les programmes ont certes effleuré des objectifs d’IE, promettant industrialisation (Cabral Libii, Pierre Kwemo), souveraineté monétaire (Ateki Seta Caxton, Jacques Bouhga Hagbe, Hiram Samuel Iyodi) ou audit des finances publiques (Akere Muna), mais sans proposer le « dispositif et le processus » coordonnés. Le Dr Gweth a souligné que même les actions de protection industrielle, comme l’interdiction de l’exportation brute de matières premières prônée par Hiram Samuel Iyodi, ou l’accent mis sur la sécurité par Paul Biya, nécessitent une compétence d’anticipation et de guerre économique que les candidats n’ont pas su détailler. Il en a conclu que le débat a manqué de l’intelligence stratégique proactive nécessaire à la puissance régionale.

Souveraineté numérique et priorité stratégique

Abordant la souveraineté numérique, le Dr Gweth a insisté sur l’institutionnalisation de l’intelligence économique de défense. La souveraineté numérique n’est pas une simple régulation, mais une composante du Hard Power qui passe par la transformation stratégique des appareils de renseignement, citant en exemple le travail qu’il a mené auprès de la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) pour former ses cadres à la guerre économique. Le futur président, selon le Dr Gweth, doit ériger en priorité absolue l’institutionnalisation d’une structure de pilotage stratégique directement rattachée à la Présidence, véritable « cerveau stratégique » doté de l’autorité pour transformer le renseignement en action politique rapide.

Comme première mission internationale, il a recommandé de réactiver un partenariat stratégique avec le Nigeria. Ce choix, loin d’être protocolaire, répond à un impératif de Smart Power : d’une part, pour le Hard Power sécuritaire face à la menace de Boko Haram, et d’autre part, pour le géoéconomique en sécurisant et fluidifiant l’accès du Cameroun au marché de 230 millions de consommateurs nigérians, maximisant ainsi les bénéfices de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).

En conclusion, le conseil du Dr Gweth au futur président est triple : mobiliser l’élite de la diaspora et de l’intérieur, résorber la fragmentation par un nouveau contrat social autour d’un État stratège, et créer un Bureau d’intelligence holistique indépendant qui garantisse la compétence d’anticipation et la posture de guerre économique proactive. Le premier acte fort du président devra être de réveiller le lion qui gît dans chaque Camerounais et de le réconcilier avec la Patrie, pour faire de cette unité retrouvée le pilier de la puissance.

Téléchargez l’interview complète ICI.

La Rédaction