Othman Benjelloun, stratège de l’intelligence économique et financière à l’africaine – Par Dr Guy Gweth

You are currently viewing Othman Benjelloun, stratège de l’intelligence économique et financière à l’africaine – Par Dr Guy Gweth

[ACCI-CAVIE] Au sein du panthéon financier africain, Othman Benjelloun se distingue par une influence qui dépasse largement la simple mesure de ses actifs. En septembre 2025, alors que Forbes confirme son rang de première fortune du Maroc avec 2 milliards USD, son parcours apparaît sous un jour nouveau aux yeux des analystes. À l’opposé de la spéculation passive, le président de Bank of Africa applique en effet les préceptes médiatisés par le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) : une approche où le renseignement légal sécurise la décision en environnement complexe.

L’intelligence économique comme ADN de croissance

Pour Othman Benjelloun, la conquête du marché continental n’a jamais été le fruit du hasard. Le passage de la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) au groupe panafricain Bank of Africa (BOA), aujourd’hui présent dans plus de vingt pays, illustre une parfaite maîtrise du cycle de l’intelligence économique et stratégique médiatisée par le CAVIE. Ce déploiement repose sur un système éprouvé de collecte et d’analyse d’informations stratégiques permettant d’anticiper les mutations des marchés régionaux, souvent marqués par une forte volatilité.

Sous sa direction, la banque n’est plus un simple intermédiaire financier, mais un capteur d’informations sur le terrain qu’il transforme ensuite en décisions stratégiques éclairées. En s’appuyant sur un réseau de renseignement humain de haute précision, le patriarche de 93 ans a su transformer la holding FinanceCom en un empire multisectoriel. Que ce soit dans l’assurance avec la RMA, les télécoms via Orange Maroc, ou l’immobilier d’envergure avec la tour Mohammed VI, chaque investissement est le résultat d’un processus de questionnement sécurisé sur la viabilité et l’impact local des projets. Cette « approche africaine » privilégie la connaissance fine des réseaux d’influence et des spécificités culturelles, transformant l’incertitude des marchés émergents en opportunités tangibles et hautement rentables.

La force du renseignement humain dans la décision financière

La croissance de 400 millions USD de son patrimoine en seulement un an témoigne de la résilience de son modèle face aux chocs exogènes. Là où d’autres capitaines d’industrie se fient exclusivement aux algorithmes et à la date, Benjelloun utilise le renseignement humain comme levier de sécurité et de rapidité. Sa participation de 27,41 % dans Bank of Africa, dont la capitalisation boursière a bondi de 25 % en 2025 pour atteindre 6,1 milliards USD, est le fruit d’une gestion où la production du renseignement d’affaire dicte le tempo des acquisitions.

Cette maîtrise de l’information stratégique s’est illustrée lors de l’expansion du groupe vers l’Afrique subsaharienne. Contrairement à une approche impérialiste classique, Benjelloun a opté pour une intégration basée sur des partenariats locaux solides, nourris par une compréhension fine des besoins des 6,6 millions de clients du réseau. La capacité du groupe à générer un bénéfice net bancaire de 555 millions de dollars au premier trimestre 2025 confirme que l’analyse du renseignement économique financier permet une allocation optimale des ressources, même dans des contextes hostiles ou hautement concurrentiels.

Un empire bâti sur la diversification et la vision à long terme

La singularité de Benjelloun réside également dans sa capacité à rivaliser avec les fortunes institutionnelles et royales. Si le patrimoine du roi Mohammed VI reste majoritairement lié à des structures diversifiées et complexes comme Al Mada, celui de Benjelloun se distingue par une lisibilité stratégique acquise grâce à une veille multisectorielle continue. Il a su positionner son groupe comme un acteur privé capable de porter des projets pharaoniques, à l’instar de la tour Mohammed VI à Rabat, dont les 500 millions de dollars d’investissement symbolisent l’émergence d’une puissance financière marocaine décomplexée.

Au-delà des chiffres, cette approche originale de l’intelligence économique s’accompagne d’un engagement philanthropique réel. En 2016, son épouse et lui ont été distingués par le prix David Rockefeller Bridging Leadership. Cette reconnaissance souligne une vision où l’influence et le renseignement servent également à bâtir un héritage social, notamment via l’éducation en milieu rural. Pour Benjelloun, le renseignement n’est pas qu’une arme de conquête, c’est aussi un outil de protection du patrimoine et de transmission des valeurs à travers les générations.

En somme, la réussite d’Othman Benjelloun offre un cas d’usage du renseignement stratégique en Afrique. En érigeant l’intelligence économique en véritable état d’esprit, il a su bâtir un empire qui dépasse les frontières du royaume pour devenir un pilier de la finance continentale. Son parcours invite à repenser le succès entrepreneurial non plus seulement comme une accumulation de capital, mais comme une maîtrise de l’information utile à la décision. Pour les futures générations de capitaines d’industrie africains, le défi sera désormais de pérenniser ces approches locales de veille pour transformer les défis structurels du continent en leviers de prospérité durable, prouvant que la véritable richesse réside dans la capacité à anticiper.

Guy Gweth