Quand l’intelligence économique prend pour cible le secteur de la défense au Cameroun

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[ACCI-CAVIE] Le secteur de la défense au Cameroun est à la croisée des chemins. D’un côté, il doit faire face à des menaces multidimensionnelles : terrorisme dans l’Extrême-Nord, crise anglophone, piraterie maritime dans le Golfe de Guinée, cybermenaces croissantes et trafics transfrontaliers. De l’autre, il est confronté à une guerre économique larvée : dépendance aux importations d’armements et d’équipements stratégiques, ingérences informationnelles, lobbying étranger agressif sur les marchés publics, et captation des ressources critiques comme les minerais liquides et solides.

 Dans cet environnement hybride, l’intelligence économique ne peut plus être considérée comme un simple outil économique marginal, elle devient un levier stratégique dont la pertinence se veut fort opportune dans le cadre de la consolidation de la souveraineté nationale et de la sécurité du pays. C’est pourquoi il est crucial pour nous d’analyser les vicissitudes que cet état d’esprit, ce dispositif, ce processus peut mettre en évidence dans ce secteur afin plus tard d’opérer une veille technologique et concurrentielle.

Le regard de l’intelligence économique sur les vicissitudes du secteur de la défense au Cameroun

Le secteur de la défense camerounais souffre de plusieurs faiblesses structurelles que l’intelligence économique permet de révéler de manière systématique et quantifiable. Premièrement, la dépendance aux importations d’armements et d’équipements stratégiques est quasi-totale. En effet, les chars, les hélicoptères, les patrouilleurs, les systèmes de surveillance proviennent de Russie, de France, de Chine, d’Israël, des Etats-Unis, ou même de Turquie. Cette dépendance crée une la latence préjudiciable à nos obligations de proactivité surtout dans un contexte ou pullulent les menaces asymétriques. Pour pallier ce problème, il est donc important d’opérer une veille technologique et concurrentielle approfondie.

Une veille  technologique et concurrentielle approfondie

« Se faire battre est excusable, se faire surprendre est impardonnable », disait Napoléon Bonaparte. La guerre étant autant technique qu’opérationnelle, l’intelligence économique appliquée à la défense de savoir comment redéfinir les rapports de force dans cet environnement, concurrentiel, hostile et incertain. A cet effet, une stratégie est de mettre un point d’honneur sur l’influence à travers la promotion des intérêts camerounais dans les instances régionales comme la CEMAC, ou continentales à l’instar de l’Union africaine, et auprès des organisations internationales comme l’ONU, l’OACI notamment pour l’aviation militaire. La contre-influence est également un excellent champ de bataille à travers la détection et la neutralisation des campagnes visant à saper la légitimité des forces de défense comme par exemple des accusations de violations des droits humains entre autres amplifiées sur les réseaux sociaux.

Au demeurant, lorsque l’intelligence économique prend pour cible le secteur de la défense au Cameroun, elle ne se contente pas d’analyser : elle protège, anticipe et agit. Pour ce faire, institutionnaliser l’intelligence économique au sein du Ministère délégué à la Présidence en charge de la Défense en y créant par exemple une cellule dédiée, et systématiser cela dans le cursus de formation à l’Ecole militaire interarmées serait un pas de géant vers le perfectionnement du Cameroun dans ce secteur.

Patrick Dupanloup NDEMBA, stagiaire/volontaire du CAVIE