[ACCI-CAVIE] Le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) suit de près l’évolution de l’intelligence artificielle (IA) en Afrique, un enjeu crucial pour la pérennité des langues africaines. À une époque où l’IA façonne nos échanges, le continent se doit de faire entendre sa voix numérique.
Un défi stratégique
L’Afrique, riche de plus de 2 000 langues, doit s’assurer que ses idiomes ne restent pas à la marge des technologies numériques. Les grands modèles d’IA dominants, principalement en anglais, mandarin et français, laissent peu de place aux langues africaines, mettant en danger leur survie dans un monde de plus en plus digitalisé.
Une révolution silencieuse en cours
Des initiatives émergent à travers le continent, portées par des chercheurs et des start-ups déterminés à intégrer leurs langues dans l’écosystème numérique. Le Centre de développement de l’intelligence artificielle pour les langues (CDIAL) à Bamako, par exemple, développe des outils pour des langues comme le bambara et le wolof, tandis que Masakhane, une communauté panafricaine, entraîne des modèles de traduction neuronale pour des dizaines de langues.
L’Open Source au service des langues
Des projets comme Common Voice, initié par Mozilla, permettent de collecter des heures d’enregistrements vocaux dans des langues africaines, contribuant ainsi à enrichir les données nécessaires à l’IA. En 2024, plus de 5 000 heures de voix ont été collectées, avec l’objectif d’atteindre 12 000 heures d’ici 2027.
Une opportunité économique
Cette révolution linguistique n’est pas seulement culturelle ; elle représente également une opportunité de développement. L’UNESCO avertit que plus de 40 % des langues africaines sont en danger d’extinction d’ici 2100. Investir dans les technologies linguistiques pourrait stimuler l’accès aux services essentiels et créer de nouveaux emplois.
Un appel à l’action
Pour que cette transition réussisse, une volonté politique est indispensable. Les États africains doivent investir dans leurs langues et développer des politiques linguistiques numériques. Le Rwanda et le Sénégal montrent la voie, mais des efforts concertés sont nécessaires pour garantir que l’IA et les langues africaines coexistent et se renforcent mutuellement.
Le CAVIE, en tant qu’acteur clé, se tient prêt à accompagner les organisations souhaitant participer à cette révolution numérique et linguistique, car il est impératif que l’Afrique bâtisse un avenir où ses langues sont célébrées et intégrées dans le monde technologique.
La Rédaction