ZLECAf et agriculture : la bataille se déplace vers les chaines de valeur

You are currently viewing ZLECAf et agriculture : la bataille se déplace vers les chaines de valeur
  • Post category:Zlecaf

[CAVIE-ACCI] Le 28 août 2026, la Banque mondiale, la Commission de l’Union africaine et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique ont lancé le rapport Integrating Africa: From Threads to Hubs. Le document souligne que les prochains gains de l’intégration africaine ne dépendront pas uniquement de l’ouverture des marchés, mais aussi de la capacité à connecter les systèmes de production, de transformation et d’échange.  Cette évolution concerne directement l’agriculture. Les industries alimentaires régionales figurent parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de réseaux de production transfrontaliers, à condition de mieux relier les bassins agricoles aux capacités de transformation et aux marchés régionaux. L’enjeu porte désormais sur la capacité à identifier les étapes de la chaîne où se crée et se concentre la valeur.

Comprendre où se crée la valeur

Pour une même production agricole, la valeur se construit à plusieurs étapes : collecte, stockage, conservation, transformation, conditionnement, transport, distribution et accès au consommateur. Une entreprise qui vend une matière première à faible marge n’occupe donc pas la même position qu’une autre qui maîtrise la transformation ou la distribution sur plusieurs marchés.

La ZLECAf crée un cadre qui permet aux entreprises de penser leur activité à l’échelle régionale. Un producteur peut rechercher un partenaire industriel, un transformateur peut diversifier ses sources d’approvisionnement et un distributeur peut servir plusieurs marchés nationaux. Mais ces choix exigent une connaissance précise des acteurs, des capacités, des coûts et des règles qui structurent chaque filière.

Le marché ne suffit pas

Dans certaines filières, une matière première peut être produite dans un pays, transformée dans un autre, puis distribuée sur plusieurs marchés. Cette organisation dépend toutefois des coûts logistiques, de la nature des produits, de l’accès à l’énergie, des normes sanitaires et de la fiabilité des corridors.

L’ouverture commerciale ne garantit donc pas la rentabilité. Les procédures douanières, les infrastructures logistiques, les restrictions dans le transport, la divergence des normes, les systèmes de paiement et les réglementations continuent de créer une distance économique entre des marchés pourtant proches. Selon la Banque mondiale, environ 60 % des coûts commerciaux seraient générés derrière les frontières, notamment par la logistique, la réglementation, les douanes et les infrastructures.

Décider à partir d’une information fiable

Avant d’investir dans une unité de transformation ou de viser un marché régional, une entreprise doit connaître les acteurs présents, les capacités disponibles, les flux de produits, les niveaux de prix, les infrastructures, les règles applicables et les partenaires potentiels. Elle doit surtout déterminer quel maillon reste accessible, insuffisamment valorisé ou susceptible de faire l’objet d’un avantage durable.

Cette veille ne consiste pas à accumuler des informations. Elle consiste à les relier pour comprendre une chaîne de valeur, ses dépendances, ses risques et ses espaces de croissance. C’est cette lecture structurée qui permet de distinguer une opportunité théorique d’une opportunité réellement exploitable, d’éviter les investissements redondants et de mieux orienter les ressources.

De l’opportunité à la stratégie

Le rapport Integrating Africa: From Threads to Hubs invite à relier davantage le commerce régional à la production, à la valeur ajoutée et à la croissance des entreprises. Pour l’agriculture, l’enjeu est aussi de savoir où transformer, où stocker, où distribuer, avec quels partenaires et pour quels marchés.

Dans cet environnement, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’une lecture générale du « marché africain ». Elles doivent disposer d’une analyse précise des filières, des territoires, des concurrents, des corridors et des conditions d’accès. En apportant cette capacité de lecture et d’anticipation, le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) accompagne les décideurs qui souhaitent transformer l’information sur les marchés africains en choix opérationnels.

À mesure que les chaînes de valeur régionales se structurent, la prochaine bataille de l’agriculture africaine pourrait ainsi se jouer moins dans les champs que dans la maîtrise des chaînes qui relient les champs aux marchés.

La Rédaction